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Société > Collectivités locales et décentralisation > Les rurbains

Les rurbains

vendredi 2 avril 1999 - Guy Sorman - 0 message(s)

Les premiers résultats du recensement confirment en chiffres ce que chacun aura pu constater au cours de ses éventuels déplacements : la France est devenue un territoire très homogène, en trente ans. Il y a trente ans ou presque, André Malraux, alors ministre de la Culture, inaugurant la Maison de la Culture de Bourges, déclarait qu’il fallait faire disparaître "le terme hideux de province". Il n’y a plus de province. Il n’y a plus vraiment de campagne non plus. Tous villages et villes sont désormais équipés ou à proximité d’équipements collectifs et de dessertes de transports accessibles ; et il n’est plus nécessaire de monter à Paris pour faire ses achats ni même pour être à la mode. Le commerce de chaîne (et la télévision) a autant transformé le territoire que ne l’ont fait les pouvoirs publics.

La France homogène en est devenue, il faut l’admettre, un peu trop pasteurisée. Tout se ressemble et les distinctions subsidiaires relèvent souvent d’un folklore artificiel. Les Français en ont pris acte, et c’est l’enseignement du recensement, ils en tirent pour conséquence que l’on peut désormais habiter n’importe où. Chacun examine le rapport qualité/prix de ce que fournit la commune, du prix des loyers et de l’éloignement du lieu de travail avant de s’installer ici ou là. Finie la nostalgie, coupées les racines ! Le calcul économique prime.

Au bilan, Paris, trop cher, perd donc encore des habitants, tandis que les petites villes périphériques, qui ont le charme de la campagne et les vertus de la vie urbaine, progressent. Il fut un temps où les maires aimaient voir grossir leur commune ; on calcule encore ainsi, ne serait-ce qu’à cause de la DGF. Mais nos concitoyens ne raisonnent plus qu’en termes de qualité de la vie, avec une sensibilité extrême envers l’environnement. Le béton, le bitume, font fuir ; l’électeur vote désormais avec ses pieds et se réfugie au vert.

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Guy Sorman

Guy Sorman, né le 10 mars 1944, est un essayiste français d’origine polonaise.

Ancien élève de l’ENA et de l’Institut d’Etudes politiques de Paris, il enseigne pendant trente ans au sein de celui-ci. Il se fait connaître en 1983 avec La Révolution conservatrice américaine, qui retrace les soubassements idéologique de la victoire de Ronald Reagan en 1980. Puis, il s’intéressera aux diverses solutions pratiques proposées par le libéralisme dans La Solution libérale en 1984. Suivront divers ouvrages se présentant comme autant de carnets de bord signés par cet inlassable globe-trotter des idées : de La Nouvelle Richesse des Nations (1987) et Les Vrais Penseurs de notre temps (1989), à Made in USA, regards sur la civilisation américaine (2004), et tout récemment L’Année du Coq : Chinois et rebelles (2006), en passant par Les enfants de Rifaa, musulmans et modernes (2002).

Derniers ouvrages parus : L’Année du Coq : Chinois et rebelles, 2006 ; L’Économie ne ment pas, Fayard, 2007.

Il est également fondateur et président d’honneur de l’association Action contre la faim et professeur invité dans de nombreuses universités de par le monde.

Sur le Web Blog de Guy Sorman

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